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    17/09/2009 Un chef de mission de MSF raconte ses 15 mois au Pakistan

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    Hiro-lao
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    17/09/2009 Un chef de mission de MSF raconte ses 15 mois au Pakistan

    Message  Hiro-lao le Lun 21 Sep - 3:50

    PAKISTAN
    Un chef de mission de MSF raconte ses 15 mois au Pakistan

    Rentré mardi 15 septembre du Pakistan après 15 mois placés sur place, le chef de mission de Médecins sans Frontières (MSF), Fabien Schneider explique à nouvelobs.com son travail, ses difficultés, les conditions de vie des Pakistanais…


    Pouvez-vous décrire votre mission au Pakistan ?

    - En tant que chef de mission, je représentais MSF au Pakistan. Notre but, c'était de remettre en place la section France dans ce pays, qu'on avait quitté en 2006 après une mission sur le tremblement de terre.

    En quoi consistait précisément cette mission de représentation ?

    - On a participé à une première mission d'exploration de quatre mois, entre janvier et mars 2008. On a identifié une zone éloignée des sites de santé primaires et secondaires avec un phénomène d'exclusion des soins, du fait de la nature de la population, qui est dites tribale. Ils vivent enclavés dans une vallée. On devait donc établir un centre de soins de référence et mettre en place un système de prise en charge de la leishmaniose [maladie cutanée, non-létale, qui provoque des lésions, ndlr]. Ca c'était le point de départ.
    Après, le contexte nous a contraints à développer des missions qui visaient à approcher les victimes directes ou indirectes du conflit, dans la zone appelée NWFP [North, West, Frontière Province. Zone proche de la frontière avec l'Afghanistan, ndlr].
    MSF intervient là où il y a, il y a eut et il y aura des déplacements. Par exemple, dans le secteur de Peshawar [Nord-Ouest du Pakistan, à la frontière afghane, ndlr], MSF a installé en partenariat avec un organisme humanitaire local, un dispensaire.

    Depuis le début des affrontements entre l'armée pakistanaise et les talibans, notamment dans la vallée du Swat, à combien estimez-vous le nombre de déplacés ?

    - Le conflit qui oppose l'armée pakistanaise aux talibans a généré un mouvement de population d'environ 650.000 personnes. Celles-ci se sont déplacées d'un coup, en pratiquement quelques heures. Plusieurs centaines de milliers d'entre eux se sont réfugiés dans les écoles, les mosquées ou chez des proches. Dans la vallée du Swat, il y a eu environ 1.600.000 personnes déplacées.

    Où se sont-ils réfugiés et dans quelles conditions vivent-ils ?

    - Notre constat initial c'était que la grande majorité des déplacés essayaient de trouver un mécanisme de survie au travers de leur réseau social. Une grande partie a trouvé un refuge, un abri. Les autres, qui représentent 20%, se sont installés dans les camps.
    Le problème aujourd'hui, c'est que ça fait une année que cela dure. Les familles se sont endettés, ont perdu leur terre… On a été témoins de la précarité de ce mode vie. Dans certains endroits, on a trouvé des familles de 20 personnes vivant dans une pièce de 10-15 m2, sur un sol en terre battue, cuisine au sol, nappe phréatique très proche, pas d'eau courante. MSF a mis en place un réseau de soutien à ces populations déplacées, qu'elles vivent dans les camps ou dans des maisons. On a notamment distribué à 35.000 personnes des tentes, des sets de cuisine, des sets d'hygiène, des couvertures en hiver. On a établit l'eau dans les camps, mis en place des toilettes… MSF s'est également occupé des soins de santé primaire, des hôpitaux. On a mis en place un système de référence sur les services d'unités d'urgence, en essayant de faire de la chirurgie de traumatologie puisque c'est un des aspects les plus négligés au Pakistan, qui crée de la mortalité.

    Les autorités ont annoncé cet été une pacification de cette zone de combat. Sur place, avez-vous constaté une démarche de retour des populations déplacées ?

    - Dans nos activités, 70% des personnes dont on s'occupait étaient des déplacés, jusqu'à il y a encore un mois et demi. Aujourd'hui, ce chiffre est tombé à 6% sur les quelques 200 consultations quotidiennes. Physiquement, je n'ai pas vu les gens rentrer chez eux, mais j'ai observé les camps se vider et parfois même se fermer.

    Les autorités se préoccupent-elles des réfugiés ?

    - Bien sur. Cependant MSF est intervenu dans les camps de réfugiés uniquement lorsqu'ils étaient quasi-entièrement sous notre coordination. L'armée a appris au moment du tremblement de terre à coordonner les actions d'aide. Pour des raisons qui lui sont propres, l'armée est venue chapeauter les actions humanitaires, remplaçant la structure administrative par des militaires. Des soldats sont arrivés dans ces camps, or ce n'est pas le rôle de l'armée, à priori. C'est là où l'on voit l'association de l'humanitaire et du militaire. C'est une tendance qui s'est développée ces dix dernières années, pas uniquement au Pakistan.
    Pour une organisation neutre et indépendance comme MSF, cela nous pose un problème de fond et d'éthique médicale.

    Pourquoi ?

    - On ne veut pas être associé à toute intervention militaire car cela reviendrait à dire 'l'humanitaire est une part de l'incursion armée".
    On fait parti des rares acteurs indépendants financièrement et on compte bien le rester. Il risquerait d'y avoir une forme de confusion entre l'humanitaire et le militaire, du fait de la nature des financements de la guerre. La force pakistanaise est soutenue par les Etats-Unis et l'Occident dans un conflit qui engendre des dommages collatéraux, dont le déplacement des populations, l'insécurité… Si la réponse à ces dommages collatéraux est apportée par l'armée, on voit bien qu'il y a un problème d'éthique. En plus ça ferme l'espace humanitaire.

    C'est-à-dire ?

    - Aujourd'hui notre espace de travail se rétrécit. Accéder à la vallée de Swat au moment du conflit c'était impossible. Les zones un peu éloignées, dans lesquelles on pourrait mettre en place des systèmes d'aides, ne sont plus accessibles. Elles sont contrôlées par les forces gouvernementales qui ne veulent pas voir d'étrangers dans ces zones.

    Les autorités pakistanaises ont-elles accepté facilement votre présence et votre aide ? Vous ont-elles parfois mis des bâtons dans les roues ?

    - Il n'y a pas de phénomènes de violences à l'égard des ONG. Ils sont très coopératifs et reconnaissants du travail effectué par MSF.
    Les autorités pakistanaises sont compétentes. Elles ont plutôt tendance à faciliter notre travail d'humanitaire, peut-être pour mieux contrôler…

    Comment sont perçus les occidentaux par la population ?

    Les pakistanais ont un problème avec les ONG, car c'est la représentation de l'Occident. Elles sont associées à un conflit qui a provoqué des déplacements, à la corruption…
    MSF n'a jamais eu de problème car nous nous présentons comme une organisation médicale humanitaire. La population nous a regardé travailler et a apprécié notre travail. Les promesses qu'on leur avait faites ont été tenues.

    On fait état d'attentats presque quotidiens au Pakistan. Qu'en est-il réellement ?

    - Le jour de l'attentat du Marriott [20 septembre 2008, l'un des hôtels les plus fréquentés par la communauté internationale, ndlr], j'étais dans le jardin d'une maison à Islamabad et j'ai eu l'impression qu'une bouteille de gaz venait d'exploser chez le voisin. Cet attentat était énorme. La télévision en parlait en permanence, on entendait les ambulances toute la journée … Ce sont des choses qui marquent. On devient vulnérable, c'est une immense source de stress permanente.

    Comment était assurée votre sécurité ?

    - On ne travaille pas avec des services de sécurité. La sécurité c'est notre travail. Plus on travaille, plus on sera visible et donc plus grande sera notre sécurité.

    Aujourd'hui, vous retourneriez au Pakistan ?

    - Pour le moment je vais surtout me reposer et après on verra. MSF a toujours sept sites opérationnels dans ce pays.

    Interview de Fabien Schneider par Emilie Jardin – Nouvelobs.com
    (le jeudi 17 septembre 2009)

    Source nouvel observateur: http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/opinions/20090918.OBS1660/un_chef_de_mission_de_msf_raconte_ses_15_mois_au_pakist.html


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